Historique

Historique de la chapelle

L’église St Hilaire se trouve au sommet d’une colline. Elle domine le village de Beaumes de Venise. D’après l’abbé Allègre, auteur d’une monographie sur Beaumes, elle fut bâtie au 6ème siècle par les habitants d’Aubune, un modeste hameau d’environ 80 habitants vivant sur le versant sud de la colline. « Quatre siècles s’étaient écoulés depuis l’établissement des romains dans le pays. L’empire commençait à voir les barbares se presser sur les frontières, attendant le moment favorable pour s’y précipiter comme un torrent dévastateur. Vers le milieu du 3ème siècle, Crocus avec ses Alamans ravagea la Viennoise et la Narbonnaise, Valence, Orange, Vaison, Carpentras, sont le théâtre de ses cruautés. Placé entre ces deux dernières villes, Beaumes ne dut pas être épargnée. Ceux qui échappèrent au massacre, remontaient sur les hauteurs. Aubune resta seule habitée pendant les guerres intestines du 4ème siècle et les invasions du 5ème. »

Monsieur de Gaudemarie, amateur d’histoire et d’archéologie, ancien maire de Beaumes, avait été dès le 19ème siècle, un des premiers à rassembler dans sa galérie les vestiges chrétiens qu’il avait retrouvés. C’est ainsi qu’il avait trouvé un fragment de pierre portant le monogramme du Christ et une belle inscription qui indiquait le tombeau d’une jeune femme de 25 ans, Epimynia, ensevelie dans le cimetière à 150m de l’église St Hilaire.

« Epimynia de bonne mémoire repose en paix. Elle vécut 25 ans, 3 mois, 27 jours. Elle est morte le cinq avant les calendes de juin, après le consulat de Venus venantius, consul très illustre. La paix éternelle est avec toi. »  28 mai 485

Aubune fut donc pendant de longues années un centre chrétien, une paroisse distincte de celle de Beaumes. C’est à cette époque que remonte le tombeau dont le couvercle (dans la galerie de M. de Gaudemarie) portait en relief une croix ancrée, une croix monogrammatique, spécimen très rare de l’art religieux à cette époque.

L’abbé Allègre date sans hésitation la chapelle en écrivant : « Chrétienne dès le 5ème siècle, il n’est guère probable que la population d’Aubune soit demeurée longtemps sans église. Aussi n’hésitons-nous aucunement à fixer au 6ème, au 7ème pour le plus tard, la construction de l’église St Hilaire.

Ces quelques lignes écrites par l’abbé Allègre aux alentours de l’année 1888 démontrent, s’il en était besoin, que l’église St Hilaire était le centre d’une communauté de familles chrétiennes souhaitant échapper à la destruction, à la mort et à l’hérésie arienne qui était propagée dans la vallée du Rhône et dans l’Aquitaine par les Wisigoths. L’église St Hilaire nous est donc immédiatement apparue comme le lieu de mémoire d’une communauté chrétienne qui a recherché l’escarpement du lieu pour survivre et échapper aux incursions barbares. A partir du 4ème siècle, elles n’ont pas manqué, toutes venaient du nord en empruntant la vallée du Rhône, comme on peut encore le voir du haut du belvédère.

La Mairie n’avait aucun dossier historique à nous transmettre, aussi j’ai dû commencer par fouiller la bibliothèque Inguimbertine à Carpentras ainsi que celle d’Avignon pour recueillir quelques informations. La récolte fut maigre. Seul l’ouvrage écrit par l’abbé Allègre et publié en 1888 donnait le plan succinct de l’église et deux pages de commentaires. Pour l’abbé Allègre, St Hilaire est l’église mère de toutes les églises et chapelles de la région. Elle atteste la réalité de la foi d’un petit groupe de chrétiens qui, fuyant les invasions et les persécutions, avait trouvé refuge dans cette église forteresse de 25m de long possédant des murs de 1m de large.

Grâce à la solidité de ses bases, l’édifice a pu traverser 15 siècles. Après l’abandon par les hommes, peut-être au 13ème ou au 16ème siècle, ce sont elles qui ont permis à l’édifice paléochrétien de résister aux injures du temps, à la pluie et à l’oubli. A l’époque où l’abbé Allègre vivait encore, les archéologues amateurs ne fleurissaient pas comme aujourd’hui et le savant auteur de cette monographie de Beaumes s’appuyait sur un important matériel archéologique qui existait encore et que le comte de Gaudemarie gardait pieusement dans une galerie de son château.