Fête de St Hilaire 14 janvier 2019

Sermon pour la Messe à la chapelle SAINT HILAIRE
Beaumes de Venise
le lundi 14 janvier 2019
par le TRP Abbé Dom Louis-Marie de GEYER d’ORTH

Mon Cher Robert, ma chère Claudia – mais je crois qu’elle n’est pas là,
Cher Cyrille, chers Marc et Jean,
Cher Monsieur le Curé,
Chers Bénévoles et chers Amis,
Mes chers Frères,

Il y a quelques années, une vingtaine d’année, le noviciat de l’abbaye Sainte Madeleine venait de temps en temps à la chapelle Saint-Hilaire. C’était un but de promenade et je me souviens du sentiment de curiosité qui nous habitait.
Depuis cinq ou six ans, ce sentiment s’est transformé devant l’ampleur des travaux de restauration de cette chapelle. Ce n’est plus une simple curiosité pour une chapelle et un village très anciens – sixième, cinquième siècle – mais une profonde admiration qui confine à l’extase. Votre œuvre, cher Robert, chère Claudia, chers amis de la chapelle Saint-Hilaire, est une œuvre prophétique, une œuvre qui crie dans le désert, une œuvre d’art provocante qui touche l’âme. C’est le charisme des prophètes de parler aux âmes de façon provocante. C’est le rôle des artistes de provoquer les âmes afin d’ouvrir une brèche vers la transcendance. Cette chapelle, sa restauration, ne peut que saisir notre âme parce que cette œuvre a quelque chose de fou, un travail à la fois gigantesque et inutile aux yeux de l’homme moderne.
Oui, la restauration, cette restauration, est une œuvre d’art qui provoque l’âme, qui la sort de sa torpeur, qui ouvre une brèche dans sa muraille afin de laisser passer un rayon de lumière divine.

Cette chapelle appelle à la prière.
Et permettez-moi de vous dire en trois points comment je vois les choses.

Ce monument est un exemple de prière. Cette chapelle est un acte de foi éclatant. Ce n’est pas seulement un exposé de pierre de la foi catholique, c’est un acte de votre foi, la vôtre, Robert, Claudia, et tous les autres Tels les orientaux qui prient en peignant des icônes et pour qui l’icône est une prière, vous avez prié en restaurant cette chapelle. Et cette chapelle est une prière. Une prière monumentale faite à Dieu, à votre Dieu, une prière courageuse, héroïque, une prière pleine de sacrifice, en temps, en énergie, en sueur, en réflexion. Cette chapelle, c’est Robert, Claudia et tous les artisans qui prient. C’est Jésus finalement qui prie, qui prie tellement fort, de façon tellement admirable, que les apôtres lui demandent de leur apprendre à prier.
Jean-Paul II disait que l’Église devait réapprendre à prier. Et que, pour cela, il lui fallait des maîtres, que l’on manquait gravement de maîtres. L’Église a des professeurs, elle a des administrateurs, mais il lui manque des maîtres, des témoins, des exemples. Cette chapelle est maîtresse, elle le sera pour tout pèlerin, visiteur, et même pour le plus basique des touristes. Cette chapelle, c’est votre prière, votre foi qui a soulevé des montagnes de pierres et qui soulèvera des montagnes de prière dans les âmes.
Cette chapelle est un exemple de prière bien enraciné et bien orienté. Le fait que cette chapelle soit dédiée à saint Hilaire, le grand évêque de Poitiers qui est mort il y a tout juste 1650 ans et qui a vécu dans une époque apocalyptique, oriente naturellement notre prière pour la France, une France chrétienne, et une pour Europe chrétienne.
Nous savons, mon cher Robert et ma chère Claudia, que vous avez sillonné la France et l’Europe et plus loin encore, semant sur votre route, non pas des petits cailloux comme le Petit Poucet, mais des oratoires. Car l’unité d’un pays, d’un continent, ne peut se faire par la monnaie ou par les armes, mais en Dieu, le seul vrai Dieu, et Celui qu’Il a envoyé, Jésus-Christ.
Saint Hilaire, nous l’avons rappelé cette nuit à matines, fut un grand évêque qui a su préparer la chrétienté à une époque qui ressemble dramatiquement à la nôtre, une époque où l’Empire romain cultivé et décadent, se faisait envahir par les barbares ; rencontre extrêmement périlleuse car au lieu de s’échanger leurs vertus, ces deux civilisations ont partagé leurs vices.
Mais saint Hilaire, évêque courageux, empli d’une science et d’une sagesse pleine de grâce, n’a jamais perdu l’espérance. L’Église vit régulièrement sa Pâque à la suite du Seigneur, et la restauration de cette chapelle sous l’invocation de saint Hilaire, est un signe prophétique de la résurrection qui nous provoque fermement à garder une espérance courageuse.

Enfin, cette chapelle est un lieu idéal pour la prière authentique, un cœur à cœur avec Dieu. Cet endroit est loin de tout. Il n’y a pas de ligne électrique, pas d’eau courante, pas de chauffage. Y a-t-il du réseau ? Je ne l’espère pas. Il y règne un grand silence. Cet endroit est un désert, le désert qui pour les Hébreux est le lieu privilégié des fiançailles avec Dieu, le lieu privilégié du combat spirituel. Jésus a montré l’exemple en se retirant habituellement dans le désert, sur la montagne, la nuit, pour prier plus intensément son Père qui est dans les Cieux.
Le Seigneur Jésus nous a exhortés dans son sermon sur la montagne, à prier dans notre chambre en fermant la porte, pour une prière plus personnelle, plus profonde, sous les yeux de notre Père qui est aux Cieux.
Ce lieu nous invite dans sa beauté brute à plonger dans l’intimité. Cette chapelle nous dépouille par sa pure austérité à rejoindre au fond de notre âme l’auguste habitant qui règne au Ciel.

C’est ce que nous allons faire en célébrant les saints mystères, le grand sacrifice eucharistique. Je crois que ce sera le plus bel hommage que nous pourrons faire à Dieu et à ses serviteurs.

Chers Robert, chère Claudia, chers Cyrille, cher Marc, chers Bénévoles, Alleluia ! Félicitations summa cum laude !

Amen.